Le Bouddha n'était pas un bouddhiste...

Publié le par Dzogchen Ponlop Rinpoche

 

 

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  ( Par Dzogchen Ponlop Rinpoche )

 

  Si nous voulons être libres de la souffrance que nous infligeons à nous-mêmes et à autrui – en d’autres termes, si nous voulons être heureux – alors nous devons apprendre à penser par nous-mêmes. Nous devons être responsables de nous et examiner tout ce qui se proclame vérité. C’est ce que le Bouddha a fait il y a bien longtemps pour se libérer de ses doutes inassouvis et persistants à propos de ce qu’il avait entendu, jour après jour, de ses parents, professeurs et des prêtres du palais.

Bien qu’il fût un prince né dans une famille richissime et puissante, le jeune Siddhârta voulait souvent et simplement fuir tout cela. Il souhaitait avoir l’espace de penser de façon indépendante à qui il était et à ce qu’était le chemin spirituel. Une telle libre pensée était importante pour la recherche du Bouddha sur la vérité intérieure et pour son ultime réalisation de l’illumination. De nos jours de plus en plus de personnes en occident suivent les enseignements et l’exemple du Bouddha. Mais de quoi traitent ces enseignements ? Qu’est-ce que le Bouddhisme ? Cela ressemble à une religion, mais en est-ce une ?

Il y a de nombreuses définitions de la religion. Certaines sont si générales qu’elles incluraient le club de jardinage de votre quartier. D’autres sont plus limitées : votre club de jardinage nécessiterait une déité, de la ferveur pour cette déité, ainsi qu’une série de croyances et de pratiques. Nous avons tous quelques idées sur la signification de la religion, mais lorsque nous commençons à en parler – problème !

Si vous cherchez “religions du monde”, vous trouverez “Bouddhisme” dans chacune des listes. Cela fait-il du Bouddhisme une religion ? Cela signifie-t-il que parce que je suis bouddhiste, je suis « religieux » ? Je peux soutenir que le Bouddhisme est une science de l’esprit – une façon d’explorer la façon dont nous pensons, ressentons et agissons, qui nous amène a de profondes vérités sur ce que nous sommes. Je peux aussi dire que le Bouddhisme est une philosophie de vie – une façon de vivre qui maximise nos chances de bonheur.

Ce que le Bouddhisme est, à ce stade, ne dépend certainement plus du Bouddha. Ses enseignements sont passés entre les mains de ses disciples il y a des milliers d’années. Ils ont été transmis de mendiants errants en institutions monastiques, d’analphabètes en érudits, de l’orient ésotérique au direct* occident. Au cours de ses voyages, le Bouddhisme a signifié beaucoup de choses pour beaucoup de gens. Mais qu’elle était l’intention du Bouddha lorsqu’il enseignait ?

Au début de sa propre quête spirituelle, le Prince Siddhârta a quitté son royal foyer, ainsi que ses multiples luxes et privilèges. Il était déterminé à trouver des réponses aux plus déconcertantes des questions de la vie. Sommes-nous nés dans ce monde seulement dans le but de souffrir, vieillir et mourir ? Que se passe-t-il – Quelle est la signification de tout cela ? Après des années durant lesquelles il a expérimenté différentes formes de pratiques religieuses, il a abandonné ses austérités et tous les concepts qu’il avait sur son chemin spirituel – toutes les croyances et doctrines qui l’avaient amené là où il était. A la fin de ce voyage, avec seulement un esprit curieux et ouvert, il découvrit ce qu’il recherchait- le grand esprit de l’illumination. Il s’éveilla de toute confusion. Il vit au-delà des systèmes de croyance la profonde réalité de l’esprit lui-même – un état de claire conscience et de suprême bonheur. En même temps que cette connaissance vint une compréhension sur la façon de mener une vie pleine de sens et de compassion. Pendant les 45 années suivantes, il enseigna comment travailler avec l’esprit : comment l’observer, comment le libérer des erreurs, et comment réaliser la grandeur de son potentiel.

Ces enseignements décrivent aujourd’hui encore un voyage intérieur profondément personnel qui est, oui, spirituel, mais pas religieux. Le Bouddha n’était pas un dieu – il n’était même pas un Bouddhiste. Vous n’avez pas à avoir plus de foi dans le Bouddha que vous en avez en vous-même. Son pouvoir réside en ses enseignements, ce qui nous montre comment travailler avec nos esprits et réaliser notre pleine capacité au total éveil et au bonheur. Ces enseignements peuvent nous aider à satisfaire notre recherche de la vérité – notre besoin de savoir qui et ce que nous somment vraiment.

Où trouvons-nous cette vérité ? Bien que nous puissions nous fier dans une certaine mesure à la sagesse que nous trouvons dans des livres ainsi qu’aux conseils des respectées autorités spirituelles, c’est seulement le commencement. Le voyage vers la véritable vérité commence lorsque vous découvrez une véritable question – une qui vient du cœur – à partir de votre propre vie et expérience. Cette question va amener une réponse qui va amener une autre question, et ainsi de suite. C’est la façon dont se déroule un chemin spirituel.

Nous commençons par poser un esprit ouvert, curieux et sceptique sur tout ce que nous entendons, lisons ou voyons et qui se présente comme vérité. Nous l’examinons avec raison et nous le testons en méditation et dans nos vies. Alors que nous gagnons en intuition par les travaux de l’esprit, nous apprenons comment reconnaître et nous occuper des nos expériences quotidiennes faites de pensées et d’émotions. Nous découvrons nos habitudes de pensées erronées et inutiles et commençons à les corriger. Finalement nous devenons capables de triompher de la confusion qui rend si difficile à voir la conscience naturellement éclatante de l’esprit. En ce sens, les enseignements du bouddha sont une méthode d’investigation, ou une science de l’esprit.

La religion, d’un autre côté, nous fournit souvent des réponses aux grandes questions de la vie à partir du commencement. Nous n’avons pas trop à y réfléchir. Nous apprenons quoi penser et croire et notre travail est d’être à la hauteur de cela, pas de le questionner. Si nous prenons les enseignements du Bouddha comme des réponses ultimes qui n’ont pas besoin d’être d’examinées, alors nous pratiquons le Bouddhisme comme une religion. De toute façon, nous devons encore vivre nos vies et faire face à la façon dont nous allons le faire. Nous ne pouvons nous soustraire à avoir une « philosophie de vie », parce que nous avons le défi chaque jour de choisir une action plutôt qu’une autre – bonté ou indifférence, générosité ou égoïsme, patience ou blâme. Lorsque nos décisions et actions reflètent la connaissance que nous avons obtenue en travaillant avec notre esprit, c’est l’adoption du Bouddhisme comme façon de vivre.

Comme les enseignements du Bouddha sont arrivés jusqu’à nous et sont arrivés dans nos mains occidentales, qu’est-ce qui détermine ce qu’ils seront pour nous ? Tout est dans la façon nous nous allons les utiliser. Aussi longtemps qu’ils nous aideront à clarifier notre confusion et à nous inspirer la confiance que nous pouvons réaliser notre potentiel, alors nous faisons le travail attendu par le Bouddha.

Nous pouvons utiliser toute l’aide que nous pouvons obtenir, parce qu’aussi étrange que cela puisse paraître, nous nous accrochons à notre confusion. Nous nous y cramponnons parce que nous pensons que cela nous protège de quelque chose. Mais comme si nous portions des lunettes de soleil jour et nuit, nous évitons simplement de regarder qui nous sommes en vérité. Nous préférons mettre nos « lunettes de soleil** », simplement parce que nous ne sommes pas habitués à la lumière éclatante de nos esprits. Les enseignements du Bouddha – peu importe comment nous les qualifions – nous montrent comment ouvrir nos yeux à cet éclat.

 

Dzogchen Ponlop Rinpoche

 

Source : Buddhachannel (lien)

 

 

 

 

 

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