Le respect pour le fait moral ... (Ferdinand Buisson)

Publié le par Ferdinand Buisson

 

 

 

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Nous n'oublions pas que la conscience humaine a grandi à l'ombre des doctrines religieuses. Mais elle n'est plus, croyons nous, attachée à la fortune de ces grandes constructions métaphysiques tour à tour élaborées et abandonnées par le génie de l'homme. Il y a aujourd'hui une morale qui vaut par elle-même, et c'est celle-là, celle-là seule que l'école laïque croit pouvoir, sans nulle crainte d'abus, transmettre aux enfants de toutes les familles et de toutes les églises.

 

À notre manière donc, nous sommes des croyants. Nous croyons, si vous voulez parler ce langage, à la divinité du Bien comme d'autres à la divinité de Jésus-Christ, à la divinité de la Bible, à la divinité de l'Eglise. C'est-à-dire que nous voyons dans le bien, dans le devoir, dans l'idéal moral une force que vous appellerez à votre gré, naturelle ou surnaturelle, humaine ou divine. Nous ne nous chargeons pas de la définir : nous constatons qu'elle agit sur la conscience humaine comme l'aimant sur le fer, comme le soleil sur la plante, la lumière sur nos yeux, comme le beau sur notre imagination, la vérité sur notre esprit, l'amour sur notre coeur.

 

Et nous ne demandons autre chose, sinon qu'on nous permette de la laisser agir. Comme il y a un fait religieux que nous respectons, nous demandons le respect pour le fait moral : celui-ci n'est ni plus ni moins mystérieux que celui-là.

 

Vous croyez qu'un élan de prière met l'âme en contact avec Dieu : nous croyons que l'élan de conscience qui la met en face du devoir lui donne le même frisson du divin.

 

 

 

Ferdinand Buisson (lien)

 

"Ferdinand Buisson,

Souvenirs & autres écrits",

aux éditions Théolib

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié dans Tous horizons...

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