Ziya Azazi, derviche tourneur du XXIème siècle ...

Publié le par Ziya Azazi

 

 

 

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Depuis une dizaine d'années, le danseur et chorégraphe turc Ziya Azazi revisite les codes de la danse soufie. Dervish, son spectacle le plus abouti, tourne depuis une année à travers l'Europe. La danse contemporaine y est mise au service de la tradition, et inversement. Une superbe réflexion sur la transformation de la spiritualité dans le temps.

 

Quand le poète et philosophe turque Mevalana Jalaluddin Rumi fonde, au XIIIe siècle, une confrérie soufie, c'est pour opposer au dogme figé de l'islam une recherche basée sur l'expérience directe, sur le présent immédiat. Ses formes peuvent donc changer, s'adapter à chaque époque. Cela, le danseur Ziya Azazi l'a très bien compris, qui s'approprie la technique des derviches.

Entremêlant les tours prodigieux de la danse traditionnelle soufie, une chorégraphie contemporaine saccadée, des saltos et autres acrobaties, il compose depuis une dizaine d'années une synthèse originale entre des influences multiples. Dervish, son spectacle le plus abouti, a déjà conquis un large public. Récemment programmé au festival Danses d'ailleurs, il s'apprête à poursuivre sa tournée.

A travers deux parties distinctes mais complémentaires, Ziya Azazi rend sensible la recherche spirituelle des tourneurs mystiques. Azab,  la première phase du spectacle, introduit la seconde intitulée Dervish in progress. Ce qui, par traduction du turc dans un cas et de l'anglais dans l'autre, revient à dire que  la passion  ouvre la voie au progrès.

Loin de renier le corps et la sensualité, le soufisme, pour parvenir au plus près du divin, passe par une exploration des sens. Et ce qui, dans la pratique millénaire, se traduit avant tout par une accélération des rotations du disciple en quête d'élévation, l'est ici par une gestuelle expressive, un art du tâtonnement que maîtrise à la perfection le chorégraphe.

 

Libéré de l'antique toque et même de la tenue immaculée du derviche, il rend universel et intemporel cet exercice, sans en dénaturer l'esprit. Y voit une transcendance qui veut : sorte de parcours initiatique, Azab peut symboliser toute poursuite de vérité, toute réflexion. Tantôt aplati au sol, reptilien, tantôt défiant les lois de la pesanteur en toutes sortes de sauts périlleux, le danseur évolue dans un labyrinthe tracé sur la scène par des bandes adhésives.

Ce n'est qu'au terme de sa progression toute en heurts qu'il revêt le costume du derviche, depuis le début au centre du dédale, sorte de trésor à manier avec précautions. Mais là encore, l'acquisition de la danse attendue n'est pas immédiate. C'est que le travail de Ziya Azazi creuse en premier lieu la question de la construction d'un legs du passé.

Pourquoi cette méthode en particulier, pourquoi cette codification si précise pour atteindre la connaissance? Celui qui sait tournoyer comme ses ancêtres mais qui ne le fait pas, du moins pas avant de longues hésitations, s'interroge. Chaque geste semble être accompagné d'une méditation sur le geste, frein à l'état de transe atteint par les mystiques soufis.

C'est la danse contemporaine qui, avec son aspect déstructuré, porte cette dimension réflexive. Harmonieux, le métissage des styles donne lieu à une chorégraphie des plus originales. Mais une fois analysés les mécanismes de la danse, celle-ci peut s'émanciper de ses entraves. Aussi le second solo, Derviche in progress, est-il beaucoup plus proche de la tradition.

Ziya Azazi y tourne, s'y livre à une performance qui coupe le souffle du profane. Ce sont à présent les limites de l'humain, du corps, qui sont éprouvées. Bien sûr, l'artiste ne se livre pas à une imitation de son modèle lointain: il continue à jouer avec ses codes, à les détourner avec subtilité et esthétisme.

Superposées, lancées, volantes : les jupes du derviche composent une superbe partition toute en couleurs. Liés à une gestuelle très sensuelle, à une nudité variable selon les instants, ces vêtements rappellent aussi la dialectique entre le visible et le caché, élément central du soufisme. Passerelle entre les siècles et les cultures, la poésie de la pièce nous fait vibrer à l'unisson du radicalement autre.

 

 

Source : "Le Monde des religions" ( lien )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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